Logiciels Libres, quels enjeux pour le Mali ?

Photo de Issouf Fané Ingénieur Système, enjeux des logiciels libres au Mali
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La journée du 20 Septembre dédiée au logiciel libre est célébrée de plusieurs manières par les communautés formées autour de ce concept. Que ce soit par des ateliers de formations, des conférences ou autres activités. Ce qui est certain les idées ne manquent pas, car l’objectif est de promouvoir l’utilisation de ces logiciels partout où besoin se fera sentir. Pour mieux comprendre le concept de Logiciel Libre je vous invite à lire cet article j’ai écris pour la même occasion. Concernant cette 14 ème édition de la journée du Logiciel libre j’ai décidé d’aller à la rencontre de M.Issouf FANE membre de l’AMULL (Association Malienne des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres). L’AMULL est une association qui se bat au quotidien pour l’utilisation des logiciels libres au Mali.

Musodev: Qui est M. Issouf Fané ?

I. Fané: je suis ingénieur informaticien spécialisé dans l’Administration Système sous Linux (Système d’exploitation Libre). J’occupe actuellement le poste d’Administrateur système Linux/Unix dans un projet de recherche en santé. Actuel Responsable à l’Organisation et au Développement de l’AMULL.

Musodev : Pouvez-vous nous parler brièvement de l’AMULL ?

I. Fané: l’ AMULL a vu le jour le 01 Octobre 2000 à la suite de la conférence de « Bamako 2000 ».

Notre principal objectif est la promotion des logiciels et des systèmes d’exploitation libres et dans ce sens nous apportons notre support technique aux utilisateurs de logiciels libres.

Musodev : De sa création à nos jours quelles sont les principales activités menées par l’AMULL ?

I. Fané: nous organisons régulièrement des formations aussi bien pour le grand public que pour les informaticiens pour la prise en mains du système d’exploitation Linux et des autres logiciels libres. Parmi ces formations nous pouvons cité :

La formation de 20 personnes en Administration système L1, à l’AGETIC en Mars 2009.

– La formation en Administration Système suivie de la mise en place d’un serveur de messagerie, au CNF (Campus Numérique Francophone de Bamako) .

Présentation des logiciels libres et de l’environnement Ubuntu, Install Party, distribution de CDs d’installation, en Mars 2010.

– Formation de formateurs Ubuntu et l’Assemblée générale du RALL (Rencontres Africaines des Logiciels Libres)

L’AMULL ne fait pas que des formations, elle organise aussi des conférences dans l’objectif de faire connaître l’importance des logiciels libres dans la vie quotidienne. C’est dans ce cadre que nous avons organisé en décembre 2010 une conférence sur la localisation des logiciels libres.

Depuis leur institution en 2004, l’AMULL a participé à toutes les éditions des RALL (Rencontres Africaines des Logiciels Libres) durant lesquelles elle participe aux différents ateliers de formation, aux conférences et groupes de travail, aux concours sur le développement des logiciels libres (Trophée du Libre africain). En 2005, lors de la 2ème édition des RALL à Libreville, le 2ème prix a été remporté par un membre de l’AMULL tandis qu’en 2007, lors de la 3ème édition à Rabat, les 1er (trophée) et 2ème prix ont été remportés par nos membres.

L’AMULL dispose d’une liste de diffusion linux-mali@yahoogroupes.fr servant de plateforme d’entraide afin d’apporter des solutions à tous les problèmes posés par les uns et les autres.

En plus de ces activités nous avons instauré une rencontre (les grins du libres) qui a lieu tous les premiers samedi du mois afin de discuter de tout ce qui touche au monde des logiciels libres. Nous profitons de ces instants pour faire des démonstrations sur certains logiciels libres. C’est ainsi que nous avons abordé des thèmes tels que :

-La Téléphonie sur IP : Au cours de ce mini atelier, il y a eu la présentation de Asterisk (un logiciel libre de VoIP), son installation, sa configuration et une démonstration d’appel simple et d’appels conférence à l’aide de deux téléphones IP connectés à un serveur de test.

-Un autre grin fut consacré à la mise en place d’un proxy : Après la présentation du rôle d’un proxy, nous avons installé et configuré un serveur test et simuler un environnement de production.

Musodev : Les résultats sont-ils satisfaisant ?

I.Fané: à l’heure actuelle nous sommes satisfaits des résultats atteints car nous avons eu à former plus d’une centaine de jeunes maliens. Grâce à l’AMULL nous avons assez d’informaticiens mais aussi d’utilisateurs qui n’ont plus peur de linux et des logiciels libres. Néanmoins, nous souhaitons divulguer encore plus le concept de logiciel libre à travers l’ensemble du Mali mais nous ne sommes qu’à Bamako actuellement. Nous souhaitons aussi l’implication des politiques dans l’utilisation du libre, ce que n’est pas le cas de nos jours au Mali.

Musodev: L’utilisation des technologies propriétaires au Mali n’est-elle pas du gaspillage financier ?

I.Fané: nous pouvons affirmer sans risque de se tromper que l’utilisation des technologies propriétaire au Mali constitue un réel gaspillage financier. Un pays comme le Mali, dont les ressources financières sont limitées devrait impérativement s’orienter vers le libre afin de pouvoir réinvestir le peu de moyen disponible dans un domaine aussi important comme la formation. Ainsi nous aurions plus d’infrastructures technologiques avec des ressources humaines qualifiés.

Musodev: L’administration publique malienne et les logiciels libres, est-ce possible ? Comment voyez-vous cela ?

I.Fané: si nous arrivons à impliquer les décideurs dans le concept du libre, il nous sera possible dans l’avenir d’envisager l’utilisation des logiciels libres dans l’administration publique Malienne. Le rôle des décideurs sera alors d’investir dans la formation l’argent qui sert actuellement à payer les logiciels propriétaires et à renouveler leur licence de façons indéfinie.

Musodev: Quelle vision avez-vous de l’utilisation des Logiciels Libres au Mali dans 5, 10 ans ?

I.Fané: le logiciel libre a déjà intégré les écoles de formation au Mali, cela n’était pas le cas il y a dix ans. Tous les ingénieurs formés actuellement ont une notion avancée de l’utilisation des logiciels libre. Ceux-ci sont en train de migrer les applications utilisés dans les services privé vers le libre évitant ainsi le coût exorbitant des logiciels propriétaires ainsi que l’argent injecté dans le renouvellement de leur licence. Seule l’administration publique ne suit pas. Dans dix ans nous osons donc une utilisation massive dans l’ordre de 85 à 90% du libre dans les structures privées mais quant a l’administration Malienne l’avenir n’est pas prometteur quand on sait qu’a l’heure où bon nombre de structures puissantes (Le parlement français, le département de défense des États-Unis) l’ont adoptés et qu’il n’y aucune mesure dans ce sens.

Musodev: Si vous devriez résumer les logiciels libres au Mali en une phrase ce serait ?

I.Fané: les logiciels libres sont une alternance moins coûteuses aux logiciels propriétaires mais encore ignorés par la majorité de la jeunesse et des décideurs de notre pays le Mali.

Le logiciel libre est un bien commun accessible à tous sans discrimination et sans limitation de durée. Plus qu’un rêve nous croyons fortement à son utilisation par tous les maliens.

 

Un commentaire

  1. Wawou c’est vraiment cool, je suis moi même un fane de linux, et cet article m’a beaucoup plus, je trouve que le monde du gratuit est un monde magique.
    vraiment merci beaucoup !

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  2. Je crois que le libre a du chemin à faire encore chez nous !
    A mon sens, seul au niveau des professionnels que le libre fait son petit chemin (informaticiens, développeurs etc.).
    Le libre reste méconnu du grand public et de l’administration publique. Au niveau du grand public, il y a un gros travail de sensibilisation à faire par la communauté du libre. Elle doit être plus active sur le terrain et communiquer au maximum sur leurs actions dans la communauté des utilisateurs TIC.
    Quand à l’administration publique malienne, l’équation du libre reste hyperstatique et avec de multitudes d’inconnus. Les TIC en général n’arrivent pas à décoller réellement par manque de vision au haut sommet. Nos décideurs n’ont pas encore compris qu’elles peuvent générer plus de ressources que l’agriculture, que les mines etc.
    Bref je comprends les difficultés au niveau des communautés pour faire bouger les choses mais je pense qu’AMULL doit redynamiser sa communauté pour plus d’action, de visibilité etc., sur le terrain.

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  3. Salaam,
    merci pour ce reportage qui nous permet de faire un clin d’oeil à AMULL et nous interpelle qu’il y a encore du chemin à faire.
    C’est malheureux que cette journée soit passée sous silence au sein de la CACTIC (20 Septembre).
    Espérons que des activités grand public vont suivre surtout au sein de notre coordination commune.
    A la lecture de l’article, je reste néanmoins sur ma faim:
    – quelles sont les activités menées par l’AMULL ces 3 dernières années?
    – Malheureusement voici environ 5 mois que le bureau actuel CACTIC existe. Nulle part nous n’avons été associé au grin du samedi.
    – L’administration est certes puissante mais ce sont les utilisateurs qui vont booster cette promotion du libre.
    Qu’est ce que l’AMULL attend de la nouvelle génération, en terme de renforcement de capacités et de propagande.

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  4. Merci pour cet article qui ne fait nous prouver qu’il y a encore de l’espoir pour une grande utilisation des logiciels libres.
    Si seulement les actions de cette association, qui se bat nuit et jour pour nous faire comprendre l’importance des logiciels libres dans nos quotidiens, peuvent être vulgariser à l’intérieur du pays, dans nos écoles, universités…
    Merci M. FANE, AMULL et MusoDev.
    Bonne fête des logiciels libres

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